
Ce qui permet à l’artiste de se distinguer, c’est qu’il dépasse la pure technique. Un portrait avec le flash positionné à 45°, l’ouverture réglée à f/2, une vitesse d'obturation suffisante pour éviter le flou de bouger. La photo est réussie techniquement et le sujet est à son avantage. C’est dans la boîte… mais l’image reste parfois muette.
Par amour du beau, mais également pour donner une voix et plus de sens à mes clichés, je me nourris du talent et de l’imaginaire d’artistes du passé et d’aujourd'hui. Leur vision et leur manière d’aborder la photographie élargissent mon regard et influencent ma pratique personnelle comme professionnelle.
La photographie qu’on admire de nos jours n’était pas toujours considérée comme une activité noble. Aujourd’hui, des photographes comme Robert Doisneau, Henri-Cartier Bresson ou Raymond Depardon sont célébrés pour leurs images, mais tous ne le furent pas pleinement de leur vivant. Le travail d'Eugène Atget, aujourd’hui considéré comme l’un des pères de la photographie moderne, ne fut redécouvert qu’après sa disparition.
Arrivé dans les années 30 et resté populaire après la seconde guerre mondiale, le courant photographique de l’humanisme est né : une vision poétique du documentaire. C’était l’époque de l’instant décisif. Pourtant, dire qu’on voulait devenir photographe à l'époque, c’était encore comme dire qu’on voulait devenir vendeur à la sauvette ! Il a fallu du temps à la photographie pour devenir art plutôt que support pour artistes.
Principalement inspiré par le reportage et ces fameux photographes humanistes, je me passionne pour le quotidien. « Saisir les gestes ordinaires de gens ordinaires dans des situations ordinaires » comme le dirait Robert Doisneau. L’humanisme, en photographie, est un courant visant à mettre en avant le quotidien des gens évoluant dans leur environnement.
Saisir une personne seule sans son environnement, c’est un portrait ; photographier l’environnement seul, c’est de la photo urbaine ou de paysage. La photographie humaniste donne autant d'importance à l’un qu’à l’autre. Parfois militante, parfois poétique, la photographie humaniste a permis d’être le témoin du temps qui passe. C’est avant tout avec cette sensibilité que je travaille. Les reportages de mariage me permettent d’exprimer une large part de cette créativité, mais je puise également dans cette source d’inspiration en séances portrait.

J’ai étudié le travail de nombreux photographes pour qui le quotidien fut une source d’inspiration. Parfois brut, parfois poètes. Les humanistes furent suivis par d'autres. Nan Goldin offre un regard intime et vulnérable sur une population en bas de l’échelle sociale, Diane Arbus met en avant les plus marginaux. Sally Mann propose un regard poétique et sans filtre, aujourd’hui polémique, sur le quotidien familial. Elinor Carucci le fait également très bien, mais sans autant de controverses.
Il rejetait l’étiquette d’artiste. Helmut Newton, l’effronté, a marqué l'univers de la mode par ses images provocantes, mais toujours élégantes. Son travail dans les années 50 et 60, avant Vogue, est une source d’inspiration pour son sens du détail et de la composition. Francesca Woodman l’est aussi pour ses autoportraits intimistes et mélancoliques. Le peintre Georges de la Tour pour ses clairs-obscurs. Le photographe David Hamilton pour ses portraits éthérés au goût de souvenirs d’antan.
Chez certains, j’admire le travail de la lumière, chez d’autres, j’étudie le soin apporté à la composition. Qu’il s’agisse de style visuel ou de philosophie de leur art, de nombreux artistes ont influencé mon travail. Avec ma vision de la photographie et cet ensemble d'influences, je souhaite créer des images naturelles, authentiques et élégantes. Des images capables de révéler le beau là où il est parfois inattendu. Des images capables de toucher, d’émouvoir. Des photos douces capables de rappeler que les choses simples et ordinaires sont belles.